On a souvent parlé de dubstep minimaliste pour désigner le travail de Senking, ce qui me semble un tantinet réducteur si l’on souhaite rendre justice à son travail.
En véritable architecte sonore, il mêle un dub mutant à la rythmique léthargique avec une electronica menaçante. Le résultat est à la fois d’une profondeur suffocante et d’une clarté vertigineuse. Le spectre des possibilités déployées par Jens Massel fait de ses compositions de véritables tableaux “cyber clair-obscurs”, créations faites d’acier dévoilant au fur et à mesure de leur écoute un cœur bel et bien fait de chair.
Sensuel, souterrain, suintant, le formidable album “Pong” symbolisait déjà ce qui s’apparente à mes yeux au nouveau terrain de jeu du label Raster-Noton, celui la même déserté par Warp depuis un moment maintenant. Et ce puissant “Dazed” ne déroge pas à la règle.
Puisque l’année touche à sa fin, l’heure est donc au bilan, comme l’usage le veut. Un bilan très étrange, difficile presque, avec comme chaque années de très bonnes choses qu’il a fallu dégager des buzzs inutiles et autres tentatives qui laissent de marbre. Mais on a l’habitude et ça a toujours été comme ça, donc de tout cela on ne gardera que le meilleur :
Un album qui n’a jamais été mentionné sur Transmissionary, mais qui fait assurément parti de ce que j’ai le plus écouté cette année. Une sorte de bulle hors du temps d’une douceur et d’une beauté rare.
Un petit mot sur le minimalisme de Tristan Perich, qui fait parti du quartet de tête cette année, alors même que je l’ai loupé au Sonar 2010 et que je n’en ai jamais parlé sur Transmissionary. Après le remarquable “1-Bit Music”, Tristan Perich monte le niveau avec l’œuvre ultra sensible que constitue “1-Bit Symphony”, malgré un aspect peut être un peu monomaniaque qui pourra en rebuter certains. C’est non seulement album qui se révèle davantage à chaque écoute et ce malgré le caractère totalement primaire du son, mais aussi un objet à avoir puisqu’à la manière de “1-Bit Music”, “1-Bit Symphony” offre le dispositif qui joue la musique : la puce qui renferme la composition. Digne héritier du meilleur de l’electronica romantique du début des années 90 tout en assumant totalement l’hommage aux maitres du minimalisme que sont Philip Glass ou Steve Reich, œuvre hautement complexe tout en étant totalement ludique, “1-Bit Symphony” c’est un peu LA claque totalement inattendue de l’année. Une véritable révélation.
Parce qu’il n’y a rien eu de plus beau cette année.
Révélation de l’année :
Le génie hybride de Necro Deathmort. Et Tristan Perich (même si son premier album “1-Bit Music” est sorti en 2005). Et les “Tapes Series” de Mississippi Records (même si ça ne compte pas vraiment puisque ça n’est pas sorti en 2010).
Painbug In My Eye de Senking, Immanquable dernière sortie du label tout aussi immanquable Raster-Noton (promis un jour j’arrêterais). “Pong” de Senking porte tout les gimmicks de la maison mère tout en étant teinté d’une certaine couleur urbaine et souterraine relativement inhabituelle pour du r-n, comme le prouve ce Painbug In My Eye, entre glitch, dub/dubstep à la Scorn et abstract hip hop. À ne pas louper donc.